Morocco: Should I flee my country?

Published: October 3, 2011

Je suis un jeune Marocain, et je souhaite publier mon histoire.

1989: À l’âge de 4 ans, je me fais violer par un voisin qui est plus âgé que moi. De crainte que toute la famille soit au courant, mes parents ne dépose pas plainte. Ils se limitent à déménager du quartier où nous habitions.

1999: À 14 ans, je commence à développer une certaine attirance pour le sexe masculin. Je m’inscris à une salle de sport pour avoir le maximum de contact avec des personnes de mon sexe. À l’époque, j’ignorais complètement la raison et la signification de cette attirance.

2000: Je commence à m’inquiéter, à vivre dans l’anxiété, les doutes… Je n’arrive pas à comprendre la raison pour laquelle, je suis attiré de plus en plus par les personnes de sexe masculin. Pendant les vacances d’hiver, je me retrouve seul avec une cousine, qui veut qu’on ait un moment intime. Elle commence à me caresser, à m’embrasser … elle est très belle, mais je suis dégoûté par cette idée, et je refuse qu’on fasse l’amour ou que l’on continue à flirter. J’ai d’abord pensé que cette réaction était due au trac, mais quelques mois plus tard, je découvre ma vérité – une vérité qui m’a surpris, choqué, et qui a changé ma vie – lors de la préparation pour l’examen final de la dernière année de collège: Pendant que je révise avec un pote, je lui propose de simuler une scène de flirt. Je lui dis que c’est juste pour que le jour où nous allons avoir un contact direct avec le sexe féminin, nous soyons des experts en flirt. Sauf que la simulation se termine par faire l’amour. À ce moment-là, j’ai des sentiments mêlés. Je suis heureux de ce que j’ai fait et en même tant, j’ai peur de ce que je suis: un homosexuel. Car oui, j’ai compris la nature de mon orientation. Je passe alors quelques jours seul à réfléchir. J’ai peur que mes parents découvrent la vérité sur leur fils, j’ai peur du regard de la société. Et je pense alors pour la première fois à mettre fin à ma vie. J’ai 15 ans.

2001: Je suis au lycée. Plusieurs élèves essaient de sortir avec moi. J’ai un beau visage et surtout de beaux yeux. Mais je refuse toujours les demandes. Plusieurs personnes commencent alors à avoir des doutes à mon propos, d’autant que je suis intéressé par tout ce qui est féminin (maquillage, coiffure…). Les autres élèves comment à me traiter de sale pédé et je suis de plus en plus stressé. Je ne supporte plus ce que les gens disent de moi. J’arrête alors d’aller au lycée, n’étant présent que les jours des contrôles et d’examens. Logiquement, l’année scolaire 2000-2001 se finit avec une moyenne catastrophique de 8/20 et un redoublement.

2002: J’ai donc redoublé. Et ma nouvelle année se déroule comme la précédente. Tout le monde m’insulte, se moque de moi, me traite de pédé. Je suis exclu de toutes les activités masculines. Moi qui était un bon joueur de hand-ball au collègue, mais, je suis refusé de l’équipe par les joueurs de l’équipe du Lycée. Encore une fois je n’arrive pas à supporter ce qui se passe autour de moi et je commence à me droguer. La drogue m’aide beaucoup à supporter la classe, et je n’ai pas le droit de redoubler une seconde fois. Et après toute cette souffrance, je réussis tout de même mon année.

2003: J’ai changé de lycée pour changer de climat mais au nouveau lycée, j’ai encore plus de problèmes et me fais toujours insulter, rejeter et agresser. Et je réagis de la même manière que précédemment, par la drogue et l’absentéisme. Le pire arrive lors de l’examen régional… J’y rencontre un jeune étudiant qui vient d’un lycée privé. J’ai flirté avec lui dans les toilettes et la direction l’a appris… Je réussis mon année, mais je suis renvoyé de l’école. L’administration me demande de chercher un lycée qui acceptera quelqu’un comme moi… Je passe des vacances horribles à me demander si je pourrai trouver un lycée qui m’acceptera alors que le motif du renvoi est enregistré sur mon dossier scolaire. Je tiens à tout prix à avoir mon Bac. Je tente avec plusieurs lycées, qui me refusent tous… En septembre, je dois avouer à mes parents que j’ai été renvoyé du lycée… Je leur dis que c’est à cause de mes trop nombreuses absences. Mais mes parents m’accompagnent dans mon précédent lycée et, là, ils découvrent la vérité sur leur fils. Mon père décide alors que je dois arrêter les études et que je ne sortirai plus de la maison, mais ma mère le convainc que je dois au moins passer mon Bac.

2004: J’ai finalement repris les cours un mois et demis après la rentrée scolaire. Et en plus de mes souffrances au lycée, je vis dans une petite prison. Mon père a mon emploi de temps, et je n’ai pas le droit de rester en dehors de la maison après 19h. Je suis privé du monde extérieur, et mon père m’oblige à pratiquer à 100% la religion musulmane. Je dois même imiter les premiers musulmans (Prières, Prières supplémentaires après minuit, Jeûne tous les lundis et jeudis, Habillement simple, pas de grande marque, assister à des réunions et des leçons islamiques, dormir dans les mosquées …). Il fait tout pour me mettre sur le droit chemin. Plus dur encore, mon père me prend avec lui le week-end sur des chantiers pour faire de la maçonnerie. Il me dit qu’il fera de moi un homme, un vrai. Et je n’ai pas le droit de protester ou de réclamer, sinon je suis battu comme un chien. Malgré tout, je réussis à obtenir mon Bac. Et mes parents me font alors une grande surprise: ils essaient de me marier avec une cousine qui habite Nantes. Je refuse. Je suis alors battu et renvoyé de la maison. À 19 ans, je n’ai nulle part où aller. D’autant que mon père avait et a toujours un grand pouvoir sur la famille: personne n’accepte de me loger. Je me retrouve donc à dormir n’importe où, à manger n’importe quoi, seul avec ma valise et mon Bac. Je passe 3 mois dans la rue. Je décide alors de partir à Marrakech, pour m’inscrire à l’école hôtelière de la ville, puisque cet institut propose le logement en interne et la nourriture. Je rejoins cette école en octobre 2004.

Octobre 2004-septembre 2006: J’ai d’abord pensé que tout allait se passer beaucoup mieux, surtout qu’à Marrakech, j’ai rencontré trois camarades de cours, un Libanais, un Mauritanien et un Marocain qui sont tous les trois gays et que sont internes comme moi. Pour pouvoir avoir un peu d’argent, je commence à travailler en parallèles de mes études. Les gérants de restaurants et des boîtes de nuits m’accueillent chaleureusement dès qu’ils soupçonnent que je suis homosexuel, et je deviens esclave. Au départ, j’aime avoir des partenaires sexuelles, mais, avec le temps, les gérants m’obligent à avoir des relations sexuelles avec n’importe qui, des vieux gays de plus de 60 ans, des jeunes gay mineurs… Je deviens une “sex machine” et je n’ai pas le droit de choisir mes partenaires. Le Maroc devrait me remercier parce que j’ai grandement contribué au développement du tourisme (sexuel). Mais pendant ce temps, j’ai beaucoup de difficultés à l’école d’hôtellerie du fait de notre bande de 4. Nous n’avons pas le droit de passer la nuit dans la même chambre, pas le droit d’être sous les douches en même temps, sans parler des insultes, des agressions et des menaces. Je reçois plusieurs menaces d’inconnus, et nous sommes sans arrêt dans la crainte de la direction de l’école, qui a des moyens pour nous faire souffrir (les corvées, les travaux de ménages, l’interdiction des grandes sorties les week-ends, pas d’affectation de stage …). Le directeur des études m’a toujours empêché de passer les entretiens pour aller travailler en dehors du Maroc, il n’a pas voulu que je passe l’entretien pour Disneyland Orlando, alors que j’étais le meilleur de ma classe en anglais étant donné que j’ai un Bac en Spécialité Langues… La vie à l’internat est devenu un cauchemar: les insultes, les vols, les agressions verbales et physiques, les menaces augmentent de plus en plus. Je n’en peux plus. J’obtiens mon BTS. J’ai la possibilité de continuer mes études, de faire une licence professionnelle, sauf qu’on me menace de me tuer si je choisis de poursuivre. Le pire est que je ne peux même pas porter plainte, parce que le code pénal marocain peut me mettre en prison.

Octobre 2006: Je suis rentré à Casablanca. J’ai un peu d’argent pour louer une chambre dans un quartier populaire. Un quartier où l’on ne rigole pas. Si les gens savent que vous êtes homosexuels, vous êtes mort. Je n’ai pas pu trouver de boulot dans le tourisme. Il faut dire que je n’ai pas vraiment cherché à travailler dans ce domaine vu que je sais que je serai exploité encore une fois comme une “sex machine”. Je travaille donc dans un centre d’appel où je fais mon possible pour que les gens ne sachent pas que je suis gay. Des jeunes filles me proposent souvent de sortir, de voyager, de faire l’amour, et je refuse à chaque fois. Je leur dis que je suis un bon musulman et que pour cette raison, je refuse de fréquenter des filles…

2007: Je travaille toujours dans le même centre d’appel. Je passe un moment sans avoir des rapports sexuels. Je suis à bout. Finalement, je rencontre un gay que j’invite à venir chez moi: erreur mortelle. Les voisins entendent nos gémissements et nous surprennent: Nous nous faisons frapper, ils me prennent tout ce que j’ai dans la chambre: argent, portable, TV, ordinateur… Le bon Dieu a voulu qu’on reste en vie. Depuis ce jour, celui avec qui j’ai eu ce rapport refuse de me reparler. Je me retrouve alors à nouveau sans logement et sans argent. Je dois donc trouvé un nouveau logement. Dans le même temps, j’ai des problèmes au boulot avec des barbus qui se doutent que je suis gay. Ils commencent à me harceler, et je suis désormais rejeté par tous les jeunes hommes. Le degré de tension a augmenté de façon telle que j’ai peur qu’il m’arrive quelque chose. Je finis par démissionner en octobre 2007.

2008: J’ai commencé un nouveau boulot dans un autre centre d’appel. Et là, je n’ai pas rencontré de problème et j’ai même trouvé un partenaire, un Français qui était le directeur associé du centre. Nous sommes ensemble tout le temps. Bref, ma vie est enfin stable. Jusqu’à ce que mon partenaire m’annonce qu’il veut quitter le Maroc pour retourner à Toulon. Il part en mai. En juillet, alors que j’ai besoin de documents de la sécurité sociale, je découvre à ma grande surprise que je n’ai jamais été déclaré par mon nouvel employeur. Quand je réclame mes droits au nouveau directeur, le prévenant de mon intention d’aller voir un inspecteur de travail, il me menace de publier sur le net mes vidéos avec mon partenaire français. Je ne savais pas qu’il savait pour notre couple. Je laisse donc tomber, et je quitte le boulot sans pouvoir réclamer mes droits…

2009: J’ai encore commence un nouveau boulot. Et encore une fois, je fais de mon mieux pour ne pas dévoiler mon orientation sexuelle. Comme dans les autres entreprises, je me retrouve seul face à des gens qui me rejettent, les jeunes hommes m’insultent et les jeunes filles se moquent de moi par tous les moyens possible. Je me dirige vers le monde virtuel, internet, pour essayer de trouver des partenaires, et, en juin, j’en rencontre un. Après quelques jours de conversation sur le net et une rencontre, il m’invite chez lui. Il a mis quelque chose dans la boisson qu’il m’a offerte et je perds conscience. En fait, il m’a violé et il commence à me menacer de publier les vidéos et à me faire chanter. Il sait où je bosse, où j’habite… Et pour la troisième fois je démissionne de mon travail. Je suis totalement désespéré et je pense réellement à me suicider. Vais-je un jour avoir une vie normale? Je passe ensuite 7 mois sans travailler. Je ne fais que réfléchir à ce que je peux faire de ma vie.

2010: En janvier, j’ai commencé à voir un psychologue, au moins pour pouvoir avouer à quelqu’un que je suis homosexuel sans avoir peur. Le psychologue me propose d’essayer de quitter le Maroc. Et depuis ce temps-là, je ne pense qu’à ça: Fuir mon pays! J’ai trouvé un boulot en avril 2010, un boulot dans lequel je ne parle à personne pour ne pas avoir de problème. Et je loue une petite chambre dans un quartier populaire pour économiser l’argent pour mon voyage.

Je n’ai pas eu de rapport sexuel depuis plus d’un an et demi, et dernièrement, j’ai recommencé à recevoir des menaces par sms, et par facebook, mais je ne peux toujours pas porter plainte… Je n’ai pas vu mes parents depuis plus de 4 ans. Mon père m’a dit que j’étais la honte de sa vie et que si un jour, il me croisait, il me tuerait sans le regretter et que je n’étais pas sans fils.

Leave a Reply